Technique et expression

Introduction

Même si les aspects techniques ont quelque chose de rébarbatif pour le grand public qui ne rêve que « d'un appareil qui prend des photos tout seul », le photographe paysagiste, lui, utilise au contraire un appareil qui lui permet de maîtriser aussi finement que possible tous les paramètres.

Tout cela dans un seul et unique but: faire passer son «message» par l'interprétation de ce qu'il voit, et à cette fin, la maîtrise de la technique est indispensable.

En photographie, je pense qu'il est difficile de séparer le fond de la forme, et donc, de la technique.

Il ne s'agit pas de connaître par cœur toutes les techniques photographiques possibles et imaginables, mais de connaître sur le bout des doigts celles qui vous sont nécessaires dans votre domaine en l'occurrence ici le paysage. En effet, il n'est pas rare de rencontrer des photographes animaliers qui ne savent pas ce que c'est que l' hyperfocale et ne connaissent pas son utilisation pour gérer la profondeur de champ. Mais ça ne leur fait que rarement défaut, étant donné qu'ils n'utilisent quasiment que des téléobjectifs et très souvent à pleine ouverture. alors, la gestion de la profondeur de champ, vous pensez s'ils ont d'autres impératifs.

Pour ma part.

J'utilise toujours mon matériel en manuel, en ce qui concerne le paysage. En grand format, c'est une obligation étant donné qu’il n’y a aucun automatisme sur ce type de matériel, et en petit format…c'est un devoir ! Ce que je veux dire par là, c'est que si l'on veut vraiment maîtriser ce que l'on fait, il est nécessaire de débrayer les automatismes qui ne sont d'aucun secours pour ce type de photographie.

Et ce concept de maîtrise des paramètres en photo a du mal à passer auprès du grand public. Lors de mes prise de vue, il n’est pas rare que l’on m’accoste pour me questionner, sur ce que je fais, et sur ce matériel étrange que j’utilise…. et Il n'y a qu'à voir la mine éberluée ou atterrée des personnes à qui vous répondez que : «  non, mon appareil n'est pas du tout automatique…… et il n'a même pas de système de mesure de la lumière ! ». A ce moment là, le sentiment de votre interlocuteur à votre égard, oscille entre, au mieux, l'indulgence envers « le gentil illuminé » que vous êtes (il faut bien le reconnaître…) , ou, au pire, le mépris pour « le réactionnaire rétrograde hermétique à la marche inéluctable du progrès » que vous représentez. Si, si, je vous assure ; on le voit très bien, dans son regard plein de compassion, voire de pitié, ou alors dans la moue réprobatrice, qui suivent ma réponse.

Comme je n’aime pas les malentendus, je tiens à préciser que j'applaudis des deux mains les progrès techniques qui ont été réalisés en matière de photographie. Mais il faut savoir ce que l'on veut : je n’ai absolument pas besoin qu'un appareil ait l'autofocus le plus rapide du monde lorsque je « fais du paysage ». Par contre, Je veux la qualité parfaite pour mes pellicules, je veux des objectifs qui donnent des résultats optimaux même à petite ouverture, je veux un trépied qui absorbe parfaitement les vibrations, etc. etc.

Les cailloux

En conséquence : peu importe la marque de vos appareil. Par contre, la qualité optique de vos objectifs doit être irréprochable et notamment aux diaphragmes les plus fermés. Ils doivent disposer si possible d'une échelle d'hyperfocale. Le choix de « zoom ou focales fixes » ne se pose quasiment que pour le petit format. Ce n'est pas une question cruciale.(attention toutefois à la distorsion avec les zooms .). Il m'est souvent arrivé de partir avec un seul objectif, notamment en panoramique, et de faire énormément de photos lors de ma sortie. En fait, on adapte ses sujets à la focale dont on dispose.

Le support

Un point crucial : Le matériel dont il faut absolument se munir , si vous voulez vous lancer sérieusement dans la photo paysagiste, c'est le TREPIED .

Toutes mes photos sont prises sur trépied  : son utilité ne se limite pas à éviter le flou de bouger mais c'est une aide très précieuse, voire indispensable, au cadrage et à la composition. Une variation indépendante suivant les trois axes est la bienvenue. La supériorité du carbone sur l'aluminium, dans ce domaine est indéniable ; pas seulement au niveau du gain de poids mais aussi au niveau de l'amortissement.

La surface sensible

Désolé pas de capteur numérique pour l’instant….voir plus loin le chapitre « et le numérique dans tout ça… ! »

J’utilise la pellicule Velvia de FUJI, en moyen et grand format, exposée à 40 ASA (…et non 50 ASA comme le préconise le fabricant ). En 24x36 je la trouvais difficile d’utilisation, le contraste de la pellicule, plus le contraste exagéré des objectifs petit format (pour compenser justement la petitesse du format…) faisait que l'on avait tendance à « boucher les ombres ». En grand format les optiques sont plus « douces », et le rendu de couleur saturé , le contraste assez énergique de cette pellicule, permet d'obtenir, par exemple par temps couvert, des images extrêmement définies et, paradoxalement très réalistes.

Et si j'utilise toujours des films inversibles (diapositives) lents, en moyen et grand format, c'est qu'ils représentent toujours, à l'heure actuelle, le summum de la qualité photographique tant au niveau des couleurs qu'au niveau du rendu des matières.

J'applique à mes pellicules des traitements standards mais j'apporte un soin tout particulier à l'exposition de mes films en essayant de maîtriser les contrastes, d'amener la pellicule dans la limite de restitution des détails, uniquement par le choix du bon diaphragme et de la bonne vitesse d'obturation à la prise de vue . C'est ce qui donne cet aspect très particulier aux photos présentées, mais cela demande une parfaite connaissance de son matériel. C'est pour cette raison que je déconseillerais à un photographe débutant d'utiliser plus de deux ou trois films différents pour couvrir ses sujets .

 

Les filtres

J'insiste sur le fait que tous les clichés reproduits dans mes expositions ou mes ouvrages ne font l'objet d'aucun trucage ou manipulation numérique et ont été pris avec des moyens traditionnels de prises de vue sans utilisation de « filtres à effet ». Les seuls filtres utilisés sont un filtre polarisant et différents filtre gris dégradé (archi classiques en photo de paysage).

L'utilisation du polarisant ne doit pas être systématique, mais il est absolument indispensable dans certain cas. et pas uniquement par beau temps : il peut par exemple, par temps couvert, diminuer les réflexions parasites sur des feuillages. Utilisé « à moitié », il peut contrôler la présence plus ou moins importante d'un reflet sur une étendue d'eau. etc.

La mesure de la lumière

J'effectue la mesure de la lumière en grand ou moyen format grâce à un spotmètre Minolta qui est assez cher mais d'une stabilité dans les résultats qui est ébouriffante (meilleure que la mesure spot de mon Nikon F5). Et je complète parfois par une cellule Gossen en lumière incidente, qui au final n'est pas très utile en paysage contrairement au portrait ou à la nature morte. La mesure spot est la seule qui permette réellement « d'interpréter » une scène.

 

Et le numérique dans tout ça…. !

A l’heure actuelle (fin 2008 ) je travaille exclusivement en argentique grand format, panoramique 6x17cm et chambre 4x5’, et il n’existe pas d’équivalent qualitatif de ces appareils (d’un point de vue définition…), en numérique, si ce n’est les très coûteux dos moyen format 39 Mpixels à 50 Mpixels. Ils sont effectivement des concurrents sérieux pour le plan film 4’x5’, mais ne peuvent remplacer le format PANORAMIQUE 6x17cm.

Beaucoup de photographes contournent ce problème en assemblant différentes images numériques de format classique avec un logiciel qui permet d’obtenir une image panoramique. Cette solution ne me semble pas satisfaisante pour plusieurs raisons, la principale étant qu’on ne peut pas maîtriser le cadrage et la composition, surtout quand on aime les compositions très tendues et organisées. Je dirais qu’on obtient grâce à cette technique un « PANORAMA » et non une « PHOTO PANORAMIQUE ».

Une autre problème se pose à moi avec l’utilisation du numérique : pour tirer parti de la latitude d’exposition que procure les dos moyens format, bien supérieure, il est vrai, à celle du film inversible, il est nécessaire de travailler en RAW et donc on n’a pas d’ image de référence lors du développement du fichier. Il existe mille et une façon d’interpréter un même fichier . Mon habitude de finaliser l’image sur le terrain, dés la prise de vue, est remise en cause. Même si avant de réaliser mes tirages je passe par la filière numérique en scannant mes images, le travail que j’effectue sur le fichier va consister à se rapprocher de cette image de référence , limitant ainsi les interprétations.

En ce qui concerne les tirages, le passage vers la filière numérique me semble totalement bénéfique. Je n’ai jamais eu de tirages qui se rapprochent autant de mes diapositives, que depuis que je scanne mes images et retravaille les contrastes avant tirage. La sortie peut se faire sur traceur, ou, si l’on vise la qualité maximale, sur machine Lambda à insolation laser.

Tout en reconnaissant des qualités indéniables au numérique : Souplesse d’utilisation, productivité, déclenchement « gratuit », qualité d’image (pour les reflex numérique par rapport au 24x36 ), le passage au tout numérique est toujours freiné par les mêmes problèmes : matériel cher, rapidement obsolète, pas de cliché de « référence », photos difficilement visualisables, tri des images, pérennité, facilité à effacer un fichier, projection médiocre, productivité accrue au détriment de la qualité, temps passé à la post production.

Donc, en résumé, le numérique en ce qui me concerne :

Pour les tirages, utilisation sans retenue.
Pour la prise de vue, pas encore, mais cela viendra…quand je disposerai des outils pouvant remplacer les miens !

Matériel 

En petit format, je suis équipé en Nikon : Boîtiers F90x et F5, Objectifs du 24mmm au 300mm (quasiment plus utilisé….)

en moyen format j'ai adopté le Mamiya 645 avec des objectifs de 45mm, 80mm, et 150mm

Pour le grand format j'ai une chambre TOYO CF field avec six objectifs, un 75mm SWD Fuji, un 90mm SWD Fuji, un 135mm SWD Fuji, un 210mm Apo-Sironar Rodenstock, un 300mm Apo-Ronar Rodenstock, un 450mm ED Nikkor.

ainsi qu'un appareil panoramique Fuji Gx617 avec 2 objectifs un 90mm SWD Fuji et un 300mm SWD Fuji

 

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